
Pour choisir sa date de départ à la retraite, il faut croiser trois repères : l’âge légal applicable à sa génération, le nombre de trimestres déjà validés et le mois précis du départ, qui change parfois le montant de la pension de façon notable. Le bon moment n’est pas toujours le premier jour possible : quelques semaines de décalage peuvent valider un trimestre supplémentaire ou éviter une décote.
Les repères à vérifier avant de fixer une date
- L’âge légal : il monte progressivement de 62 à 64 ans selon l’année de naissance, avec une suspension temporaire de la montée en charge décidée fin 2025. Le simulateur officiel donne l’âge exact de chaque génération.
- La durée d’assurance requise pour le taux plein, exprimée en trimestres, qui augmente aussi selon la génération.
- L’âge du taux plein automatique : 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres.
- Le relevé de carrière, à contrôler sur le portail officiel, pour repérer les périodes manquantes.
Âge légal, taux plein et durée d’assurance : ne pas les confondre
L’âge légal est l’âge à partir duquel on peut demander sa pension. Le taux plein est le taux maximal de 50 % appliqué au régime de base. On l’obtient soit en atteignant la durée d’assurance requise (par exemple 172 trimestres soit 43 ans de cotisation pour les générations les plus récentes), soit à 67 ans quel que soit le nombre de trimestres.
Partir à l’âge légal sans avoir tous ses trimestres entraîne une décote : le taux baisse de 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, soit 12,5 points au maximum. À l’inverse, continuer à travailler au-delà de l’âge légal et de la durée requise ouvre droit à une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire. Ces chiffres se cumulent avec le salaire annuel moyen et les points de retraite complémentaire. Chaque situation reste particulière.
Le mois de départ compte : l’astuce des trimestres civils
Pendant la carrière, un trimestre se valide quand le salaire brut annuel atteint 150 fois le Smic horaire. Avec un Smic horaire de 12,02 euros en 2026, cela représente environ 1 803 euros bruts par trimestre, soit près de 7 212 euros pour valider les quatre trimestres de l’année. Un salarié peut donc valider ses quatre trimestres même en travaillant quelques mois seulement, s’il a gagné assez.
L’année du départ, la logique change : seuls les trimestres civils entiers, du 1er janvier au 31 mars, du 1er avril au 30 juin, du 1er juillet au 30 septembre et du 1er octobre au 31 décembre, sont comptés. Partir le 30 juin plutôt que le 15 juin permet de conserver le trimestre complet. Ce détail peut représenter l’écart entre une pension à taux plein et une légère décote.
Plus largement, la pension prend effet le premier jour du mois suivant la date de départ choisie. La demande doit être déposée environ quatre mois avant la date souhaitée : rien ne sert de se précipiter au dernier moment.
L’impact fiscal d’un départ en début ou en fin d’année
L’année du départ, les revenus imposables mélangent salaires, indemnité de départ et premières pensions. Un départ tardif dans l’année cumule davantage de salaires et peut faire passer dans une tranche supérieure du barème progressif de l’impôt sur le revenu. À l’inverse, partir plus tôt réduit parfois la facture fiscale de l’année, sans toutefois que ce soit une règle universelle. Il faut raisonner sur l’ensemble de ses revenus et pas seulement sur le salaire.
Les pensions bénéficient aussi d’un abattement de 10 % pour frais professionnels, plafonné par foyer. L’effet reste secondaire par rapport au choix du mois de départ.
L’indemnité de départ et le préavis
Un salarié qui part de lui-même à la retraite a droit à une indemnité de départ dont le minimum légal dépend de l’ancienneté :
- à partir de 10 ans : un demi-mois de salaire
- à partir de 15 ans : un mois de salaire
- à partir de 20 ans : un mois et demi de salaire
- à partir de 30 ans : deux mois de salaire
La convention collective ou le contrat peuvent prévoir mieux. Le préavis dépend de la convention collective et du contrat de travail. Vérifier son contrat avant de remettre sa lettre évite les mauvaises surprises sur la date effective du départ.
Dates de départ selon la situation personnelle
Au chômage en fin de carrière
Liquider ses droits dès l’âge légal peut sembler logique. Ce n’est pas toujours le meilleur choix. Les allocations chômage peuvent se poursuivre jusqu’à l’obtention du taux plein dans certains cas, tandis que les périodes indemnisées valident des trimestres. Partir trop tôt avec une décote est une décision difficile à corriger ensuite.
En arrêt maladie
Les périodes d’arrêt maladie donnent droit à des trimestres : un trimestre validé par période de 60 jours d’indemnisation. Avant de demander sa retraite pendant un arrêt, il est utile de demander à sa caisse comment l’arrêt sera comptabilisé. Dans certains cas, l’inaptitude ouvre droit à une retraite à taux plein dès l’âge légal.
Carrière longue, handicap, incapacité
Les dispositifs de carrière longue permettent un départ avant l’âge légal pour ceux qui ont commencé à travailler tôt et validé de nombreux trimestres cotisés. Le handicap et l’incapacité permanente ouvrent aussi des possibilités de départ anticipé, avec des conditions précises de taux d’incapacité. L’éligibilité se vérifie auprès de sa caisse de retraite, jamais sur un simple calcul personnel.
Retraite progressive et cumul emploi-retraite
Il est aussi possible de ne pas choisir une rupture nette. La retraite progressive est ouverte à partir de 60 ans pour travailler à temps partiel en percevant une fraction de sa pension, sous conditions de durée d’assurance. Le cumul emploi-retraite permet de reprendre une activité après la liquidation, avec des règles précises sur les plafonds et les droits supplémentaires.
Comment choisir sa date : méthode en cinq étapes
- Récupérer son relevé de carrière et faire corriger les trimestres absents bien avant le départ.
- Demander une estimation indicative de pension à plusieurs âges de départ, à partir du portail officiel de la retraite.
- Repérer le mois qui valide un trimestre complet ou qui évite une décote.
- Regarder l’effet fiscal et l’indemnité de départ avec l’employeur et, au besoin, un conseiller.
- Déposer la demande au moins quatre mois avant, en gardant une marge pour d’éventuelles régularisations.
Questions fréquentes
Peut-on choisir librement le jour de son départ ? La pension commence le premier jour d’un mois. Le départ effectif de l’entreprise dépend du préavis et de l’accord avec l’employeur.
Vaut-il mieux partir en fin d’année ? Pas nécessairement. Cela peut valider un trimestre civil supplémentaire. Cela alourdit parfois l’impôt de l’année. Chaque cas se calcule.
À quel moment faire sa demande ? Environ quatre mois avant la date visée, sur le portail officiel ou auprès de sa caisse de retraite.
Peut-on revenir sur sa décision ? Une fois la pension liquidée, l’annulation est très encadrée. Mieux vaut valider la date avec une simulation et un conseiller avant de se lancer.
Choisir sa date de départ ne se résume pas à une question d’âge : le mois, les trimestres, la fiscalité et l’indemnité forment un ensemble. Un échange avec sa caisse de retraite, un à deux ans avant le départ, reste le meilleur moyen de sécuriser son choix.
Rédactrice spécialisée retraite et patrimoine
Après quinze ans à l'accueil d'une caisse de retraite complémentaire, Monique a choisi d'écrire sur retraite-heureuse.fr pour rendre accessibles les démarches, les chiffres et les choix de vie liés à la retraite, sans jamais se substituer à l'avis d'un professionnel…